Le texte de Jacques Blanche

Sur 30 ans passés à la SCET

 

(30 ans + 20 ans si l’on ajoute la période de l’AARSCET)

 

Mes 4 premières années dans la maison

Réminiscences Scetiennes

 

La suggestion d’écrire ces lignes m’a été proposée par notre Président Nicolas BEHR, lors de la rencontre de Toulouse en juin 2022.

J’y donne suite très volontiers, en demandant aux éventuels lecteurs de corriger quelques approximations de dates ou de fautes.

Ce petit travail a été fait uniquement à partir de ma mémoire longue de 50 ans ou de 55 ans, sans recherche de corrections.

 

1 – mon recrutement

J’avais 27 ans. Mon premier rendez-vous à la SCET était un jeudi, soit fin mai, soit début juin 1966. J’avais terminé, fin août 1965, mes 18 mois de service militaire. Et début septembre, je démarrai dans la vie active avec un premier « job ». J’étais entré comme analyste financier dans une banque d’affaires parisienne. J’y suis resté 8-9 mois et au printemps 1966 je n’avais qu’un souci en tête : partir et trouver autre chose, car l’atmosphère était détestable et j’avais le sentiment d’exercer un métier de truand, en manipulant des cours de bourse. Un ami me parla de la SCET et me dit que le directeur financier, un certain BEAUSOLEIL, souhaitait recruter un jeune financier. Je pris aussitôt contact et obtint rapidement un rendez-vous avec M. BEAUSOLEIL. Celui-ci cherchait quelqu’un de rompu au montage de dossiers de prêts et je ne pouvais afficher qu’une expérience boursière. Le contact ne s’établit pas vraiment et nous convînmes de nous recontacter une semaine plus tard.

Je pris l’ascenseur, Avenue Bosquet, au 5ème étage pour repartir. Mais l’ascenseur fut stoppé au 3ème étage. Monta un garçon pressé, dynamique, qui me dévisagea longuement et me dit « mais nous nous connaissons ! Lakanal ? » En effet, je le reconnus : Jean-Claude ROURE! Nous étions ensemble en prépa, au lycée Lakanal, lui en prépa Normale Sup de l’Enseignement Technique et moi en prépa HEC. Nous sympathisions à l’époque, car internes et un peu désœuvrés le dimanche, nous tapions dans un ballon, dans le parc du lycée, puis nous nous sommes perdus de vue pendant 8 ans. Nous nous retrouvions par hasard avec plaisir.

Il me dit : qu’est-ce que tu fais à la SCET ? » Je lui répondis que je venais d’avoir un entretien avec M. BEAUSOLEIL « Mais qu’est-ce-que tu vas faire chez BEAUSOLEIL ? » « Jacques viens chez nous ! » Il me raccompagna jusque dans le hall d’entrée et me garda quelques minutes. « A Lakanal, tu avais la réputation d’avoir une bonne plume », « c’est toujours vrai ? » « Oui dis-je, du moins, je le crois ».

« Je suis l’adjoint du directeur de service de l’Equipement touristique. Nous récupérons deux énormes projets : l’aménagement du littoral du Languedoc-Roussillon et la station de montagne des 3 vallées en Savoie ».

« C’est un boulot énorme, passionnant, mais nous sommes en sous- effectif. Si tu es libre, viens nous rejoindre et tu peux commencer dès lundi prochain ».

Je lui dis que j’étais intéressé, que je ferais l’impossible pour me libérer mais que je n’étais sûr de rien. Par chance, je pus accrocher un rendez-vous le vendredi matin avec mon DG à la banque. Assez facilement je réussis à réduire mon préavis en cours et à me libérer pour la semaine suivante.

Le lundi matin, (donc fin mai ou début juin 1966) je fis mon entrée à la SCET. Le premier jour fut consacré à découvrir les lieux, à faire connaissance avec les personnes présentes, à m’installer dans un bureau mais surtout à régler l’essentiel qui n’avait pu être fait la semaine précédente, le salaire, l’indice, le poste (je fus nommé rédacteur), les horaires, les déplacements et une semaine de congés autour du 14 juillet pour me marier.

A la mi-journée, descendant dans le hall d’entrée pour attraper quelque chose à me mettre sous la dent pour la pause déjeuner, je fus approché par un bonhomme volubile, sortant de je ne sais où. Je sus plus tard qu’il devait remonter du parking souterrain, car c’était un des chauffeurs de la maison : Raymond COYARD qui vient de s’éteindre en 2021 dans le sud-ouest. M’ayant demandé ce que je faisais là, et lui ayant répondu que c’était mon premier jour à la SCET, il me salua avec beaucoup d’enthousiasme et me souhaita le meilleur accueil dans cette nouvelle maison.

Ainsi se déroula mon recrutement à la SCET : rapide, inattendu, mais éminemment sympathique.

 

2 – LA PREMIERE SEMAINE

Elle commence comme je l’ai raconté lors de mon recrutement. Le premier jour passé, j’entamai mon deuxième jour par un contact avec le directeur du service, M. Jean FALLEVOZ.

L’entrevue fut assez formelle, sans chaleur, finalement assez neutre.

En fait M. FALLEVOZ se reposait totalement sur son adjoint, Jean-Claude ROURE, qui faisait tourner la boutique.

Il avait d’autres activités en dehors de la SCET et travaillait beaucoup avec ses amis de

la SETO, Société d’Etudes Touristiques.

La SETO était extérieure au groupe SCET ; c’était un bureau d’études très spécialisé dans la conception des ports de plaisance.

Les confusions étaient fréquentes entre la SETO et la SCET-TO, en fait nous, la SCET-Tourisme dont le nom était souvent raccourci.

La SETO était gérée et animée par trois copains, issus de la résistance, VIANNEY, BLITZ et TRIGANO. Ensemble, ils créeront le Centre Nautique des Glénans, dans le Finistère Sud. BLITZ, de nationalité belge, était un champion de natation, TRIGANO gérait une petite entreprise familiale qui fabriquait et commercialisait des toiles de tente.

Le deuxième jour, je revis longuement la secrétaire du service, Mademoiselle LARCHE, très précieuse car elle conservait tous les dossiers importants ainsi que toutes les informations significatives.

Elle me présenta celle qui allait devenir ma secrétaire : habillée de façon conventionnelle mais « bien sous tous rapports », Marie-France d’ERCEVILLE, une fille sans histoire, compétente et organisée.

Le troisième jour fut un peu particulier.

Jean-Claude ROURE qui croulait sous les réunions, me demanda si je pouvais le remplacer à une réunion où il n’y avait qu’à écouter une conférence.

J’accompagnai donc un des directeurs de la SCET. Je ne sais plus si c’était LAFONT ou LAGRANGE. Nous primes une voiture conduite par Raymond COYARD jusqu’à des bureaux situés avenue Victor Hugo, près de l’Etoile.

Les bureaux appartenaient à la CDC : Porte cochère, doublée par une lourde porte à deux vantaux, cour pavée, immeubles XVIII°, vaste salle de conférence au 1er étage.

En entrant, la porte de droite se rabat violemment. LAFONT (?) me dit : « vous avez votre permis de conduire ? Bien ! Prenez le volant et garez la voiture dans la cour. Je charge Raymond de ce tas de documents et vous rejoignez le 1er étage ». Prenant le volant, la porte de droite se rabat de nouveau violemment et enfonce tout l’avant de la voiture. LAFONT et Raymond qui ont entendu le bruit, arrivent précipitamment.

Raymond est fou de rage ; il me fusille du regard car il venait tout juste de prendre le volant de cette Peugeot toute neuve. Heureusement il n’était pas rancunier et sa colère retomba aussitôt. LAFONT, fataliste, ne me fit aucune remarque et dit à Raymond : « vous porterez dès aujourd’hui la voiture en réparation de sorte que nous l’ayons la semaine prochaine ». Tout s’arrêta là : ouf ! Je n’étais pas viré, car je m’attendais au pire !

Le quatrième jour fut beaucoup plus calme. Jean-Claude ROURE vint me dire que nous partirions, lui et moi, le mardi soir de la semaine suivante en prenant à Austerlitz un train de nuit avec couchettes pour aller à Saint-Cyprien, via Perpignan.

Le cinquième jour, je lus une quantité de documents quand la porte de mon bureau s’ouvrit brusquement et quand un hurluberlu pourvu de grosses lunettes de myope s’installa sans autre forme de procès et commença à m’expliquer qu’il venait de conclure l’affaire du siècle en rachetant à son amis BLITZ le village de vacances que celui-ci venait d’installer à CORFOU, il me dit qu’il était en train de constituer une société anonyme qu’il nommerait « Club Méditerranée » et qu’il lancerait toute une série de centres de vacances.

Jean-Claude interrompit la conversation : « Ah ! Gilbert, qu’il paraissait bien connaître, était encore dans nos murs ! » Il raconte à tout le monde son affaire du siècle ; »Tu as l’air heureux, Gilbert Trigano ! C’est pas vrai ? ».

3 – LE PREMIER MOIS

Il se déroula dans la pure suite de la première semaine : tout était « cool », décontracté et les rencontres s’enchaînaient dans l’enthousiasme. Nous passâmes deux jours à Saint-Cyprien dans les P.O. C’était une station balnéaire dont l’aménagement était déjà bien engagé. La CDC et la SCET avaient monté non pas une SEM, mais une Société Civile Immobilière où le groupe avait tout pouvoir. J’accompagnai Jean-Claude dans ses rendez-vous. Nous vîmes notamment le Chef de la Mission Régionale du Languedoc-Roussillon, Gilbert CARRERE, qui devait devenir Préfet des P.O. et que je retrouverai beaucoup plus tard en 1982 à Rennes comme Préfet de Région.

La semaine suivante, Jean-Claude me demanda à nouveau de le remplacer en accompagnant François PARFAIT, le D.G. de la SCET, à une séance de travail sur la Vallée des Belleville.

La réunion se tenait à la CDC, rue de Lille, et était présidée par M. FONTANET, à l’époque Président du Conseil Général de Savoie. La séance réunissait une vingtaine de personnes, quelques élus locaux mais surtout des hauts fonctionnaires, surtout de Rivoli (avant Bercy).

Au bout d’une heure, François PARFAIT se leva, salua le Président et dit qu’il rejoignait le D.G. de la CDC, François BLOCH-LAINE pour une importante réunion du Groupe. Il indiqua, en se tournant dans ma direction, qu’un représentant de la SCET resterait à la réunion. Il me demanda de sa voix douce, lente et peu timbrée de prendre le maximum de notes pour lui faire un compte-rendu détaillé.
Le jeune maire de Saint-Martin de Belleville, un X-Ponts, Mr CUMIN, fit un exposé détaillé des projets d’aménagement des Menuires et de Val Thorens.

A la suite de cette intervention, le Président FONTANET se tourna vers moi et me demanda : « Qu’en pense la SCET ! » J’avoue que sans consignes, et connaissant encore assez mal le dossier, j’ai dû balbutier quelques banalités.

FONTANET vit aussitôt que je n’étais pas l’interlocuteur idoine et passa à autre chose.

En fait, Jean-Claude avant la Savoie, voulait me mettre prioritairement sur les stations littorales du Languedoc-Roussillon et en premier lieu sur la Grande-Motte.

C’est pourquoi nous fîmes de nouveau, deux déplacements rapprochés sur Saint-Cyprien qui faisait fonction de carte de visite du Groupe pour la Mission d’Etat Interministérielle d’Aménagement du Languedoc-Roussillon, que présidait Pierre Racine, un ingénieur en Chef des Ponts d’une cinquantaine d’années, très calme, futur premier directeur de l’ENA qui venait d’être créée.

Rapidement en juin, j’allais découvrir la Grande-Motte. En dehors de la grande darse du futur port de plaisance et de quelques épis  pour tenir la côte, il n’y avait que du vent et des moustiques.

J’étais chargé d’établir le programme, c’est-à-dire de déterminer le nombre de lits que nous allions construire ainsi que leur répartition entre appartements, villas individuelles, hôtels, campings …etc. Donc il fallait cerner le marché c’est-à-dire apprécier au plus près la demande potentielle. Là commençaient les difficultés : les promoteurs immobiliers montpelliérains n’y croyaient pas. HONILH, le directeur de la SADH qui lançait l’opération, non plus.

Pour mieux cerner l’augmentation de la fréquentation, qui était visible, nous chiffrâmes le nombre de tonnes de farine vendues ainsi que le nombre de cartes postales éditées. Tout cela ne nous apprit pas grand-chose. Léon-Paul LEROY, un homme puissant et redouté, Président de la SCET et de la SCIC et surtout patron du financement local de la CDC, se fâcha et déclara : « si dans ce marché on n’arrive pas à préciser la demande, ayons au moins une offre attractive ». Ainsi monta-t-il aussitôt une commission des « opérations SCIC-SCET », avec trois représentants pour chacune des sociétés et un objectif : proposer des programmes d’immobilier de loisirs de 50-60 logements.

Sous la présidence de Léon-Paul, nous nous réunissions tous les vendredis en fin de journée et nous faisions joujou avec les étages, les pièces, les portes, les baies, les lits …etc. et ce sur plans ou sur maquettes.

Je terminais le mois de juin 1964 un peu abasourdi, encore tout surpris d’avoir eu un contact direct avec les deux grands patrons de la SCET : le PDG et le DG et très admiratif  pour leur réactivité. Il est vrai que la demande concernant ces deux énormes projets venait de l’Elysée (= le Général) et qu’il ne fallait pas trainer.

4 – Mai 1968

Comme toujours dans une société de citoyens, lorsqu’un évènement de la plus extrême gravité se prépare, on ne le voit pas venir.

Pour nous, à la SCET-Tourisme, 1968 allait devenir l’année de la définition et peut-être du lancement de nos deux énormes projets (l’aménagement du Languedoc-Roussillon et la station de ski des Trois Vallées) qui nous avaient été confiés. Tout se mit en place fin 1967 « à l’insu de notre plein gré ».

En octobre ou novembre 1967, Jean-Claude R. recruta un jeune diplômé en droit, Charles JOSSELIN, un breton de Paris qui venait étoffer mon équipe embryonnaire de l’aménagement du Languedoc-Roussillon (la Grande Motte, Balaruc sur l’étang de Thau, le Cap d’Agde, Gruissan et Leucate-Barcarès).

A la même époque, sans doute en novembre ou décembre 1967, je découvris le syndicalisme et pris ma carte à la CFDT.

Il est vrai que c’est ma jeune femme qui m’y incita. Dans la chimie lyonnaise, chez Rhône-Poulenc, elle milita à la CFTC puis à la CFDT et fit la connaissance d’Edmond Maire, le futur secrétaire général du syndicat.

Petit à petit, je dirais à l’occasion de rares moments de répit, je m’initiais au syndicalisme qui correspondait bien aux approches que j’avais faites en Allemagne, à Cologne, à l’Université où j’avais étudié la « société capitaliste à caractère social », à l’allemande.

En janvier 1968, j’entrai au Comité d’Entreprise de la SCET. En mars 1968, le secrétaire en titre du Comité d’Entreprise se retira pour raisons de santé et je fus désigné pour le remplacer. Cela ne se fit pas sans mal. Un bon ami, Pierre MEGROT, un HEC (car le Comité d’Entreprise de la SCET était tenu par les HEC) s’opposa à ma désignation considérant que des craquements se faisaient sentir dans le pays, annonçant des lendemains difficiles et que je ne faisais pas le poids pour cette fonction. Le paradoxe est que j’étais entièrement d’accord avec lui, mais, comme j’avais pris une position je ne voulus pas revenir en arrière. Je restais donc.

En avril 1968, je fis des progrès à marche forcée apprenant, apprenant…Début mai 1968, le tsunami des évènements se produisit. La SCET tangua et tout particulièrement le siège parisien. La grève ne fut pas votée mais tout fonctionnait au ralenti. Les effectifs étaient réduits car beaucoup de gens n’avaient plus de transports en commun ou d’essence pour se déplacer. La Poste ne marchait plus, le téléphone marchait mal. Bref, c’était très spécial ! Le D.G., François PARFAIT, descendit dans mon bureau et me dit, « on n’arrive plus à travailler, on n’y comprend plus rien, avez-vous des informations par votre syndicat ? Comment voyez-vous les choses ? Pas évident lui dis-je.

Le P.D.G., Léon-Paul LEROY, très gaulliste, réunissait chaque semaine le Comité d’Entreprise qu’il présidait. Il était massif, sanguin, colérique et les séances étaient très tendues, avec de nombreuses interruptions.

Petit à petit, nous avancions cependant. Nous n’avions pas mis en avant les revendications sur les salaires, car la SCET était rattachée à la RATP pour son point d’indice et les camarades CGT de la RATP faisaient le boulot. Notre angle d’attaque était la démocratie dans l’entreprise et nous obtînmes des informations comme la grille des salaires de tout le personnel de l’entreprise.

Nous lançâmes également « les assemblées de service », terme inventé à la va vite et pas très dynamique. Cela signifiait pour chaque service ou sous-service de 3 à 25 personnes deux réunions annuelles, contractualisées, axées sur le budget et présidées alternativement par un cadre et un(e)           employé. Cette procédure se perpétua à la SCET pendant 15 ou 25 ans.

Enfin, sous la conduite d’un directeur, M. LEMOINE, et deux représentants du personnel, un cadre (moi-même) et une employée, nous assurâmes un tour de France des D.R. entre mi-juin et mi-juillet 1968, avec des bonheurs divers car certaines D.R. nous reprochaient notre comportement de « parisiens ».

Une dernière anecdote sur cette époque : la CDC avait récupéré par un legs un local de brasserie Avenue de la Motte Picquet, juste après la brasserie avec terrasse qui fait l’angle de l’Avenue de la Motte Picquet et de l’Avenue Bosquet. La CDC l’avait revendu à la SCET qui en faisait la cantine de l’entreprise. En qualité de secrétaire du Comité d’Entreprise je récupérai les lieux et devint gérant et « gargotier » à Paris. Une petite équipe : un chef qui assurait les achats aux Halles et quatre personnes faisaient tourner le total.

Nous servions deux repas à la mi-journée : un service à 12 h 15 et un autre à 13 h 00. Le chef et ses gars, qui étaient encartés à la CGT, m’accueillaient par un sonore « bonjour patron ! » qui avait le don de me fiche en rogne.

5 – la « dream team » (1969)

C’est en discutant de cette période avec un jeune retraité de la SCET en juin 2022 à Toulouse que celui-ci employa le terme « dream-team », vocabulaire venant du sport britannique. Je reprends ce terme qui me convient bien comme titre.

En fait, nous étions 5 copains, pas une équipe constituée, mais une bande de copains, qui se forme et se défait, un peu comme des potaches au lycée.

Il y avait Jean-Claude, Charles, Christian, Pierre et moi Jacques.

Nous étions tous les cinq salariés à la SCET-Tourisme fin 1968  et en 1969. Nous nous voyions tous les jours, déjeunions souvent ensemble et nous nous retrouvions en famille le week-end à la campagne. Parfois l’un d’entre nous se mariait et nous étions tous invités.

Sur les cinq, quatre firent des carrières prestigieuses grâce à la politique. Un seul, moi-même, n’entra pas en politique et resta à la SCET.

  • Jean-Claude ROURE, qui avait été Président de l’UNEF et Présidentde l’UCPA (l’Union des Centres de Plein Air), devint « M. qualité de la vie », ce qui faisait rigoler tout le monde, puis directeur de cabinet d’une ministre de l’environnement. Ensuite il fut Préfet de Saône et Loire puis de la Haute-Marne, puis enfin Préfet de Région en Martinique.

Le ministre de l’intérieur Charles PASQUA obtint sa disgrâce puis après un court retour dans le Groupe à VVF où Edmond Maire était Président et Jean-Pierre Noël D.G. Il devint à Montpellier le principal collaborateur de Georges FRECHE, comme Directeur Général des services du Département de l’Hérault. Je le revis vers l’an 2000 lorsqu’il m’invita à passer un week-end dans sa maison de campagne de Saint-Jean de Buèges, au sud de Gange.

  • Charles JOSSELIN débarqua à la SCET fin 1967. Nous cohabitions dans un même bureau, nous nous entendions très bien et Charles prit la suite du travail que j’avais engagé sur la Grande Motte et laissé pour cause de syndicalisme. Je le convainquis d’entrer à la CFDT et il devint délégué syndical. Aux élections législatives de 1968 il fut élu député dans la circonscription de Dinan et battit un cacique René Pleven, ce qui généra beaucoup de remous. Puis il fit une carrière ministérielle, d’abord comme Secrétaire d’Etat à la Coopération puis comme Ministre de la Coopération, à la suite du fils Mitterrand, surnommé « papa m’a dit » par les chefs d’état africains.

Charles devint ensuite Président du Conseil Général des Côtes d’Armor et c’est à ce titre que je le vis souvent dans les années 1983-1986 lorsque je travaillais à la Région Bretagne. Ces dernières années, Charles était devenu Sénateur des Côtes d’Armor.

  • Christian BLANC, bordelais, était un ami de Michel ROCARD avec lequel il acheta une fermette en Eure-et-Loir. Il m’invita en famille un week-end, week-end bien arrosé à tous points de vue : les bouteilles défilèrent et la pluie ne cessa de tomber pendant 48 h.

Michel ROCARD le mit sur le dossier de la Nouvelle Calédonie auprès d’Edgar PISANI. C’est Christian qui fut l’artisan des fameux accords de NOUMEA qui ont permis les évolutions positives que l’on connaît. Il devint ensuite Préfet de Seine et Marne et finalisa le contrat de Disneyland. Puis il prit la présidence de la RATP puis celle d’AIR France. C’est à cette époque que j’entrais de nouveau en contact avec lui. Enfin, après son élection aux législatives dans les Yvelines, SARKOZY le nomma Secrétaire d’Etat chargé du Grand Paris.

  • Pierre GUIDONI était certainement le plus « politique » de la bande, car il a longtemps été chargé des affaires internationales du P.S. Au sein de la SFIO, il avait monté une « chapelle » avec Georges SARRE, J.P. CHEVENEMENT, A. GOMEZ et d’autres et créa la CERES que Mitterrand intégra dans la FGDS.

Pierre, fils d’un médecin de Narbonne, hispanisant, avait, très jeune – à l’âge de 12 ou 13 ans –fait de longs séjours en Andalousie chez les GONZALEZ. Le fils, Felipe, était devenu son meilleur ami. Plus tard Felipe GONZALEZ anima le PSOE, le parti socialiste espagnol et devint Président du Gouvernement, c’est-à-dire premier ministre.

A sa demande, tout naturellement, Pierre, parfait bilingue franco-espagnol, devint ambassadeur de France à Madrid. Je repris contact avec lui par téléphone en 1983 ou 1984. Il se plaignait beaucoup que le dossier basque (avec l’ETA) lui bouffe tout son temps. Quelques années plus tard, il devint ambassadeur de France en Argentine. Puis il est décédé. C’est à l’occasion de son mariage dans l’ouest parisien que j’avais pu découvrir tout son talent de dessinateur et de caricaturiste.

  • Jacques BLANCHE : quant à moi-même, bien que très intéressé par la politique nationale et la géopolitique internationale, je décidai de ne pas entrer en politique pour deux raisons :le côté servile du métier par rapport à la ligne générale d’un parti et aussi la dérive supposée, puis amplement confirmée, du métier vers des tâches de communication. Je fis donc une modeste carrière dans le Groupe SCET-CDC, entré comme rédacteur et finissant comme directeur général d’une SA, la Société Rhodanienne de Vidéo communication qui, après moult tribulations, a été rachetée par le Groupe FREE.

Voilà la présentation des membres de la « dream Team ». Comme nous n’avions pas de projet commun et comme la direction de la SCET n’avait su déceler l’énorme potentiel de ce petit groupe humain, tout éclata fin 1969 quand le DTL «, le Département Tourisme et Loisirs, dont l’identité était forte, disparut et intégra le BACOPA. Chacun partit dans une direction différente. Moi-même je filai dans un gros bureau d’études qui doubla mon salaire. Plus tard, je revins à la SCET à Lyon, auprès de J.P. NOEL.

Seul Christian BLANC resta encore une année de plus dans le Groupe et fonda l’ALU, Association Loisirs Urbains à partir d’une base de loisirs à Saint Quentin en Yvelines.

Comme nous étions des copains, et non des amis, nous nous sommes tous plus ou moins perdus de vue et, sans doute, la vie nous laissera sans nous revoir une nouvelle fois.

Jacques Blanche